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LE BLEU/ FARINA

 

Pickled Egg est l une de ces structures anglaises miniatures qui, envers et contre tout, continue son petit bonhomme de chemin, réalisant pléthore de singles vinyles et autres albums comme autant de délicieux anachronismes, loin des modes, de la frime et des productions gargantuesques. Parfois - souvent -, c'est vrai, on reste dans le domaine de l'anecdotique. C'est malheureusement le cas avec le premier Lp de Le Bleu. Malheureusement car, sur le papier, le projet s'avérait des plus alléchants. Un compositeur Écossais, Phillip L. Holmes, a décidé de s'entourer de quelques musiciens d'Edimbourg et d'enregistrer onze morceaux chantés dans la - Cocorico ! - langue de Molière. Certes, l'homme connaît sur le bout des doigts son petit Air illustré, se rêve parfois en Gainsbourg et l'accent british confère à l'ensemble un charme exotique pas désagréable. Mieux, certaines de ces comptines spatiales plongent l'auditeur dans un bien-être langoureux. Mais l'ensemble manque cruellement de relief, de rythmes et, de fait, menace de plonger le plus tenace des mélomanes dans un profond engourdissement. Conclusion : on n'a pas eu droit à du grand Bleu.

Comme le titre du disque l'indique avec une pertinence certaine, Fariña est un trio. Un trio quasi-inconnu qui a mis cinq ans pour apporter la touche finale à son premier album. Aucun syndrome Kevin Shields à chercher dans cet accouchement difficile, mais plutôt un emploi du temps chargé qui empêche ces musiciens amateurs de s'adonner autant qu'ils le voudraient à leur passion.

Ce qui est d'autant plus regrettable à l'écoute de ces douze morceaux d'une pop classique, réalisée avec les moyens du bord, arrangée avec des bouts de ficelles - trompette, melodica, percussions discrètes, claviers d'un autre temps - et chantée d'une voix à l'équilibre instable. Fariña offre ainsi un disque sans prétention mais gavé d'idées et de chansons touchantes, de ballades automnales - Two People et ses faux airs de Go-Betweens bancal, Confession TV dans le rôle d'un Divine Comedy enfin débarrassé de sa grandiloquence éreintante - ou de mélodies à l'insouciance désarmante - Liberty, qui mériterait bien qu'on lui élève une statue, If She Should Blame Him, aussi inspiré qu'une composition signée Michael Head.

Alors, certes, il y a fort à parier que ce Three People ne défrayera jamais la chronique et que Fariña continuera, tant bien que mal, à enregistrer ses compositions artisanales et boisées, tandis que d'autres pourront se pavaner à chacune de leurs sorties. À moins qu'un miracle - au hasard, la multiplication des pains - ne daigne se produire. Sincèrement, on croise les doigts.

Christophe Basterra ••••